lundi 4 avril 2022

 Au mois de Février 2022 je suis parti pédaler à Cuba. J’ai roulé dans un premier temps à l’Ouest de La Havane en direction de Vinales et Pinar del Rio, puis vers l’Est en direction de Varadaro sur la côte Nord, Cienfuegos et Trinidad sur la côte Sud et Cayo Santa Maria de nouveau au Nord pour finir à Santa Clara au centre de l’île. Les difficultés de transport ne m’ont pas permis de me rendre dans la partie Est.

Difficile de résumer ces 28 jours pleins de contrastes, des moments tellement chaleureux et d’autres vraiment pas faciles à gérer.

Parlons de la crise : depuis 60 ans elle est quasi permanente à Cuba en raison du blocus américain qui ne dérange pas grand monde dans les pays dits occidentaux mais qui contraint le pays à une débrouille permanente, voire à une fuite en avant. Ce blocus a été, tout le monde sur place en convient, bien assoupli du temps du président Obama et le pays s’est alors lancé dans le tourisme haut de gamme pour récupérer des devises, ce qui n’en reste pas moins un choix discutable. Puis Trump l’a resserré très fortement sans que finalement Biden ne change quoi que ce soit. Ajoutons à cela 2 ans de Covid sans touristes, y compris en ce début 2022. Je me suis heurté à des bandes côtières abritant des plage de rêve privatisées par des chaines d’hôtels interdisant l’accès aux plages alors qu’ils étaient vides ou même fermés…La crise économique semble avoir atteint en ce moment un paroxysme comme tous les cubains me l’ont dit. De même des touristes venus 4 ans auparavant m’ont affirmé ne pas reconnaître le pays. La musique, comme exutoire, reste très présente même si C. Secundo et I. Ferrer doivent se retourner dans leurs tombes lorsque, de là haut le reggaeton, omniprésent sur l'île, vient agresser leur oreilles.




Dans le resto mojito mojito

Orchestre dans le rue à Vinales


Une  conséquence de cette crise aggravée pour moi cycliste était que les réseaux de distribution de nourriture et d’eau (!) étaient quasi inexistants (bananes et tomates et encore pas partout). Bon j’ai fini par gérer ces vraies difficultés en prenant le repas du soir dans les « casa particular » qui m’hébergeaient et en me constituant un doggy bag pour la journée du lendemain.

A La Havane, quelques 4 saisons, ailleurs beaucoup plus rares



Distribution d'eau dans un village 

Jus de canne à sucre dans la vallée de los Ingenios, peu après Trinidad

L’hébergement dans les « casa particular » a toujours été excellent ! Je n’ai que des bonnes adresses à conseiller, souvent celles du routard mais aussi celles improvisées. C’est un système d’Airb&b local, - sigle bleu - mis en place du temps de Raoul Castro, extrêmement dense dans les régions touristiques. Faute de touristes elles étaient quasiment toutes à ma disposition en ce mois de Février. En revanche dans les endroits non touristiques (ville de Colon par exemple), il n’y en a pas et celles réservées aux cubains (sigle rouge) m’ont refusé l’accès, conformément à une réglementation assez stricte. Tous se sont mis en 4, en 8 en 12 pour m’aider du mieux qu’ils le pouvaient.

Casa particular


A La Havane chez Rolando et Marisol

A Mariel

A Bahia Honda

A Vinales

 A Playa Rancho Luna

A Santi Spiritu

A Caibarien

A Santa Clara

Mes hébergeurs

En tout premier lieu Rolando et Marisol à La Havane, chez qui j'ai passé 7 nuits au total.

A La Havane

A Palma Rubia

A Vinales

A Cienfuegos

A Trinidad

Dès que l’on sort des axes routiers principaux, par ailleurs pas trop fréquentés, ce qui est bon pour le cycliste, les routes sont dans un état passable, capables de casser mon porte bagage qui avait pourtant résisté à la « carretera austral « au Chili (pour ceux qui connaissent c’est peu dire). Dans ce pays sans enseignes publicitaires (quel bonheur), il reste cependant au long des routes de nombreux panneaux à la gloire du régime.

Bonnes routes quasi désertes




Routes plus ou moins dégradées




Enseignes "publicitaires" le long des routes




En Février il fait …bon, c'est-à-dire 30 degrés, mas o menos ; sur les côtes il y a un peu de vent toujours orienté à l'Ouest et la chaleur est de ce fait supportable; sur la côte Nord il m'a fallu affronter de face assez fort, capable de rabaisser le cycliste à l'état de piéton!

A l’intérieur du pays, cette température est plus difficile à supporter car il n'y a pas de vent; qui plus est, l’ile étant entourée de mers chaudes, dès midi elle est  couverte de nuages qui certes amènent un peu d’ombre mais aussi beaucoup d’humidité, plus difficile à supporter c’est bien connu (sensation d'étuve). 

Par ailleurs un déluge tropical pendant 24h près de Vinales : terre rouge là-bas, donc vélo rouge, habits rouge etc…

Beaucoup de nuages en journée





24 h de pluie tropicale vers Vinales



J’hésite à dire que les villes sont très belles ; ben oui il y a de très belles maisons coloniales à La Havane, Cienfuegos, Trinidad, Santi Spiritu ou Santa Clara (ailleurs aussi sans nul doute) ; mais j’ai toujours du mal à m’extasier quand on sait la souffrance et le martyre des esclaves qui ont œuvré pour cela. Cuba a été un des derniers pays à éradiquer ce mal absolu, un des derniers pays à proclamer son indépendance (il aura fallu 2 guerres) puis est devenu le lupanar du monde entier jusqu’à la chute de Batista en 1958. A La Havane des quartiers sont en train d’être reconstruits mais c’est une tâche de longue haleine.

La Havane


Plaza Vieja














A rénover!

Le quartier Casablanca de La Havane, de l'autre côté du chenal

Ferry pour traverser le chenal


Maison du Che..

... à côté du Christ protecteur
Falaises battues par l'Ocean


Citadelle

Le chenal

San Luis, dans le triangle du tabac au Sud de Pinar del Rio


Cienfuegos







Trinidad





Santi Spiritu


Remedios et Caibarien

Caibarien





Remedios



Santa Clara


Les points forts du régime semblent toujours fonctionner correctement : le taux d’alphabétisation, un des plus élevés du monde  amène à un peuple éduqué et cultivé ; et la santé pour tous à un vaccin local efficace et un taux d’incidence Covid très faible (70ème pays mondial en terme  mortalité par habitant). Et aussi d’innombrables musées dans les villes et les moindres bourgades, d’inégale qualité et totalement déserts, y compris à La Havane.







Cuba en train de couler ou de surnager malgré tout!

 Sur la rive opposée au centre de la Havane (quartier Casablanca), un formidable musée en plein air évoquant la crise des missiles de 1962.





J'ai visité le musée de la crise des missiles le lendemain du déclenchement de la guerre d'Ukraine: la marine cubaine veille au grain

Comme partout dans le monde, malheureusement, le train n’a pas été entretenu, rénové, amélioré ; il reste une ligne unique entre La Havane et Santiago, c’est un voyage de plus de 24h pour 800 km. A la campagne, d’innombrables lignes de chemin de fer, qui ont dû servir pour la canne à sucre et le tabac, sont désaffectées, remplacées par des camions convois très polluants bien sûr. La ligne voyageur malheureusement ne prend pas les vélos, j'aurais trop aimé rentrer à la Havane par ce train pas comme les autres (cf P. Gougler).

Un train de marchandise, exceptionnel


Camion convoi de canne à sucre

Dès qu’il y a de l’eau, une végétation tropicale s'épanouit, avec des bananeraies et parfois des arbres gigantesques (ceiba ou fromager). On trouve également de la mangrove sur le bord de mer.



Ceiba, gigantesque


Mangrove à Cayo Levisa



D’innombrables bus sillonnent villes et campagnes ; ceux pour touristes individuels (de la compagnie Viazul) ne sont accessibles qu’aux touristes et alors sont assez chers; pas top. Pour revenir à La Havane depuis Pinar del Rio, la rumeur voulait que les bus pour touristes ne fonctionnent plus faute de combattants (et c’était vrai) ; et alors je fais comment ? La débrouille (collectivos).

Une débrouille (en liaison avec le Panama semble-t-il) plutôt agréable au cycliste fait que peut-être la moitié des motos (y compris à la campagne) sont électriques rendant la pollution sonore tout à fait acceptable ; enfin n’oublions pas que l’essentiel des transports, y compris en ville se fait par des chevaux, très beaux et élancés dans l’ensemble.






 Les (très) vieilles voitures américaines, souvent rutilantes, servent souvent de taxi pour promener les touristes…




Je n’ai pas pu aller dans les sierra de l’Est, seulement grimper à un mirador (5 km à plus de 15% !) au dessus de Trinidad.



En terme de paysage je retiendrai les « mogotes » (pains de sucre) de la région de Vinales, les champs de tabac au Sud de Pinar del Rio et de canne à sucre/riz au centre de l’île, les plages de rêve (Varadero, Trinidad) et la température de l’eau, encore plus chaude au Sud (mer des Caraïbes) qu’au Nord. Et deux digues : le fameux Malecon à La Havane, autoroute assez triste mais dont le charme vient des vagues de l’Océan qui débordent sur la route. Enfin cette incroyable digue de 60 km (Cayo Santa Maria) qui rejoint depuis Caibarien des ilots avec plages de rêve, malheureusement privatisées (grrr). Sur la rive opposée au centre de la Havane (quartier Casablanca), un havre de tranquillité: outre le musée des missiles déjà mentionné, un Christ qui nous surveille, situé en face de la la maison de Che Guevarra (!), une citadelle et des falaises malmenées par l'Océan.

Vinales et les mogotes au milieu de champs de tabac: ici il y a plus de mille casas particular à disposition des touristes, mais quelques une seulement d' occupées en ce mois de Février 2022.



Mural de la prehistoria, une commande de Fidel



Tabac, canne à sucre et riz





L'intérieur d'un séchoir

Canne à sucre


Sèchage sur la route!

Riz


Plages de rêve

Varadero








Ancon


Playa ancon:  bici y mojito 

 




Cayo Santa Maria

 



Le Malecon à La Havane








La digue de Cayo Santa Maria







Itinéraire et rencontres au jour le jour

Compte tenu des problèmes de transports, je n'ai pu réaliser un parcours linéaire comme je les aime: voir les flèches  dans de la photo ci-dessus;  

Je situerais les "rencontres" avec les cubains en référence à ces flèches. En général je ne connaitrais pas les noms des gens dont je vais parler et les prénoms seront ceux suggérés par wikipedia.


Dans l'avion

Mon voisin de siège, français, a une relation particulière avec Cuba. Il déteste tout dans ce pays, n'a pas de mots assez durs pour le régime, les fainéants qui peuplent l'île, les trafics en tous genre etc; mais il est bien obligé d'aller voir son fils qui s'est marié à une cubaine; j'imagine l'ambiance au cours des repas de famille. C'est son premier voyage depuis 2 ans en raison de la crise Covid et il apporte pleins de bonnes denrées (en cachette des douanes?) de notre beau pays. Il me donne des centaines de conseils, tous plus négatifs les un que les autres et montre ses limites au moment de passer la douane: tout paniqué il me demande si je peux lui "sortir" un bagage sur mon chariot. Un enfoiré de première classe.

A la Havane

- Rolando et Marisol qui me logent dans la capitale, bonne adresse du routard; très généreux dans l'aide qu'il m'ont fournie?. Quand j'arrive le premier soir avec mon carton de vélo, c'est la révolution dans la casa. La chambre n'est pas top, sans fenêtre mais la terrasse pour le petit déjeuner compense largement. Rolando et Marisol appartiennent largement à la classe moyenne avec plusieurs motos, une belle maison et une femme de ménage. Ils ne portent pas le régime dans leur cœur mais n'envisagent pas de partir. Ils déplorent la crise économique et souhaitent plus de liberté, ce qui n'est pas un scoop. Ils vont m'aider pour organiser un rendez-vous avec une député européenne que je connais, Leila Chaibi, et de passage à Cuba en même temps que moi, sans succès du reste. Ils vont m'aider à contacter l'agence Iberia de la Havane, au diable vauvert, ils vont m'aider à me faire faire un test  Covid avant de repartir, ils vont me changer mes euros en pésos au cours de la rue, 5 fois plus favorable que l'officiel. Mais ils ne seront d'aucun secours pour m'aider à comprendre comment ça marche pour acheter de la nourriture à Cuba y compris à La Havane. La terrasse du petit déjeuner est l'endroit pour rencontrer les arrivants de la veille, généralement des français, dont Marie Anne et Florent dont je reparlerais plus tard. Enfin j'ai beaucoup aimé mon départ en vélo de chez eux: il se trouve que c'était le jour de mon anniversaire et toute la famille m'a chaleureusement salué depuis la terrasse au moment du départ, des images qui comptent.

- En fin de séjour, je vais rencontrer toujours à la terrasse de Marisol et Rolando, un français routard bien sympa avec qui je déjeunerai le midi avant de partir à l'aéroport. Cuba est sa première étape d'une sorte de tour du monde, en relative autonomie avec l'idée de faire des petits boulots de-ci de-là, de type woofing. Sa prochaine étape sera la Colombie. Mélenchoniste un peu désabusé de la politique, il espère bien par ailleurs rencontrer de belles cubaines via des amis canadiens rencontrés la veille...

- Quelques rares boutiques vendent des cartes, permettant via un système ubuesque de capter internet, seulement en quelques endroits, généralement sur les places des villes. Je me soumets à cette contrainte, achète pour 1 euro quelques heures de connexion. Je me rends ensuite sur la place du Parque Cervantes et, pas étonnant, n'arrive pas à faire marcher l'usine à gaz. A côté de moi sur le banc, Maria veut m'aider et n'y arrive pas non plus, demande à une copine sans plus de succès; pour rentrer ces p... de codes j'ai posé mon smartphone sur ma cuisse, apparemment de façon imprudente et Maria me demande de faire plus attention. Bien plus tard, on me dira que généralement les cartes vendues à La Havane sont ne marchent pas, c'est bien connu!. A Cienfuegos et encore plus tard, j'en achèterai cette fois sans problème de connexion, mais avec d'autres contrariétés.

- Encore des français ce matin; Marie Anne et Florent sont en vacances à Cuba, en routard avec location de voiture.  Nous sympathisons le temps d'un déjeuner. Le hasard fera qu'une semaine plus tard nous réserverons la même casa particular à Cienfuegos. Du coup on se raconte nos aventures et nos impressions sur le pays et on se promet de diner ensemble une fois de retour à Paris, ce que nous ferons. Ingénieurs chez Total, ils profitent bien des largesses de la compagnie, comme j'ai pu le faire chez Sanofi au début des années 2000 et sont assez compréhensifs envers mon engagement politique.  

- J'ai bien aimé Ramon le serveur du resto, pas loin de chez Marisol et Rolando; il parle le français et me soigne tout particulièrement dans le choix de mes plats. En plus, il répond à mon interrogation du moment: mais que font donc tous ces gens qui s'agitent devant le restaurant, au téléphone comme dans la palabre? Tout simplement c'est l'endroit où la nourriture et autres biens qu'ils ont commandé sur internet leur seront livrés.

Au cours de mon trajet n01


- Miguel comprend mon désarroi et m'explique comment ça fonctionne pour acheter dans le supermercado qui se trouve à la sortie Ouest de La Havane. En effet j'ai voulu y entrer pour compléter les provisions maigrichonnes que j'avais pu me procurer au centre ville, c'est à dire rien à par du pain, bananes et tomates. Mais un vigile m' empêche d'entrer, me demandant quel est mon numéro. Quel numéro? Miguel donc m'explique: comme au guichet de la SNCF en France il faut prendre un numéro puis muni de son numéro attendre son tour; comme il fait chaud à attendre juste là devant le supermarché, l'homme me conduit 2 rues plus loin et là, stupeur: entre 50 et 100 personnes attendent le long d'un mur ...à l'ombre. Basta pour le supermercado. Cela dit j'avais pu jeter un œil à l'intérieur avant de me faire éjecter; même pas en rêve j'aurais pu imaginer la scène: une dizaine de caisses, 20 mètres de queue à chaque caisse, et chaque client dont le chariot déborde de biens. Aller faire ses courses est probablement l'objectif d'une journée entière.

- Le premier soir a failli mal tourner question logement; j'en avais repéré un dans la petite ville de Mariel. J'ai bien du mal à le repérer. Je brûle mais n'y arrive pas et demande à un passant en moto. Pedro m'y accompagne et je me vois refuser l'accès (c'était peut-être un label rouge, réservé aux seuls cubains) ; l'homme à la moto téléphone à son copain Ernesto qui pourra me loger dans la maison qu'il est en train de finir de construire. C'est déjà bien sympa, il y a un lit, une douche et des toilettes, je donnerai ce que je voudrais pour dédommager. En plus Ernesto me  propose de venir me chercher à moto à 19h pour aller diner chez son copain Antonio, le centre ville est assez loin. Trop sympa. Enfin quand Antonio voit que j'ai presque fini de manger, il téléphone à Ernesto qui revient me rechercher!! C'est un bon début non! 

- Le miracle de Cabanas. Le  deuxième jour à midi, je n'ai quasiment plus rien à boire; une unique petite échoppe vend de l'eau, muy bonito semble-t-il. Et bien non, Fidel n'a plus d'eau à vendre, tout a été vendu, il sera peut-être livré demain. Que ciste! On se calme il a une boisson gazeuse fruitée au frais qui fera bien l'affaire. Autre miracle de cette micro échoppe: il vend des piles rondes CR32, celles que je n'ai pas trouvées à La Havane et qui vont permettre de relancer mon compteur kilométrique, instrument de la plus haute importance.

- Le deuxième soir est encore une autre histoire; à Bahia Honda je cherche un bon moment sans la trouver la casa particular mentionnée sur le site Maps.me, le seul logiciel de routard qui semble marcher à Cuba. Peine perdue. Tout à l'heure, sur la place du village, un rabatteur m'avait sollicité pour une casa pirate, appelons là comme ça; je retourne le voir et il m'emmène, contre un pourboire, chez Rosa. Une chambre, une douche, et des stocks divers et variés d'eau et de nourriture. Lui ayant demandé comment acheter un peu de jambon et de fromage, elle me propose de partir un peu plus tard avec sa fille en moto qui m'emmènera quelques km plus loin où je pourrai m'approvisionner. Une dernière question cependant: quelle quantité pourrais je acheter? Ah, ce seront des pains de 1 kg minimum? Ah ben non alors, et donc toujours à la recherche de comment m'alimenter, ce soir et demain. Pour ce soir Maria me prépare un plat à base de pâtes.

- Le troisième soir aussi ce n'est pas facile. Je trouve bien la casa proposée par le site. J'aurai voulu dormir sur l'île de Cayo Levisa mais le ferry qui y mène est en panne. Je reste donc sur la côte et trouve la casa particular de Marisa qui  me dit qu'elle attend de la famille ce soir et me dirige chez sa voisine chez qui une femme de ménage m'installe dans une belle chambre ma foi. Le lendemain matin au petit déjeuner, bien que l'orage menace, la propriétaire est présente et une longue discussion s'engage sur Cuba, ses difficultés, son manque de libertés, l'envie d'aller voir ailleurs. Je pars avec les premières gouttes de pluie qui tournent vite au déluge.

-  A Vinales, je pars me balader à pied dans les champs de tabac, c'est une promenade facile à préparer avec Maps.me. Très rapidement je suis "intercepté" par Ruben qui m'emmène dans son domaine et une fois sur place dans la casa de sa mère. Rosita me fait alors une belle démonstration de la fabrication artisanale d'un cigare à partir d'une feuille de tabac séché. J'en retiens que la partie délicate consiste à enlever délicatement les nervures. Je ramènerai ce cigare de démonstration jusqu'à Paris. Tout ceci est bien rodé pour que les touristes soient amenés à acheter des boites de cigares mais reste bon enfant.

- Un peu plus tard dans ma balade, un homme à cheval sera plus sournois et il me sera plus difficile de m'en dépêtrer.

- A Pinar del Rio, mon logeur Ramos parle anglais, good point. Je lui fait part de mon souhait de revenir demain à La Havane en bus qui chargerait mon vélo... tout en craignant que la rumeur que l'on m'avait annoncée à Vinales soit avérée: à savoir que les bus pour touristes ne fonctionnent plus, faute de touristes. Bingo c'est confirmé. J'insiste un peu pour que le lendemain matin, Ramos m'accompagne à la gare routière, tout à côté fort heureusement. Pour ce type de lieu en pays latino-américain, l'activité y est effectivement fort réduite. Ramos trouve cependant un collectivo d'une vingtaine de places en partance pour La Havane et palabre pour que je puisse le prendre et y charger mon vélo sur le toit. Et c'est parti, sauf que ce collectivo débarque tous ses passagers à une vingtaine de km de La Havane. Je m'en arrange facilement puisque mon précieux cheval de fer m'accompagne. 

Au cours de mon trajet no.2


- Alors que j'avais réussi à sortir de la Havane vers l'Est sans encombres, le pique nique que je m'octroie en bord de mer se termine mal: ma roue arrière est à plat. Tous mes plans sont modifiés. Je répare et trouve une casa particular pas loin. Jusque là tout va bien je peux diner chez Ines et y mal dormir: qq maisons plus loin, le raegetton à fond les ballons me gâchera une bonne partie de la nuit.

- Le lendemain le pneu est de nouveau à plat; en revenant de quelques km en arrière je finis par trouver Marcello,  un "punchero", réparateur de crevaisons des pneus de voiture et de vélo; il colle une méga rustine et c'est reparti.

- Nouvelle alerte en milieu de journée; cette fois c'est Federico qui m'aide à réparer et regonfler la chambre à air aussi malade que ma pompe qui ne fonctionne plus.  

- le troisième jour de cette triste histoire, je sens venir le drame au milieu d'une pente sévère qui doit me permettre de plonger vers la grande ville Matanzas: à plat que je suis pour le pneu, vidé que je suis pour l'énergie à déployer pour continuer dans ces conditions. Esteban, un policier est en faction juste à l'endroit de mon dernier arrêt. Je le sollicite pour qu'il arrête un bus qui me conduise à Matanzas. Non me dit-il, ils ne s'arrêteront pas, laissez moi faire. Il se met ipso facto au milieu de la route, arrête une immense limousine américaine rose et lui demande de me conduire au punchero de Matanzas. Mon vélo est enfourné tel une petite valise dans son immense coffre, Javier met la sono (raegetton) à hyperfond la caisse et me parle en même temps; je comprends à demi mots (voire un tiers) qu'il se rend depuis La Havane à Varadero, la célèbre station balnéaire, 30 km après Matanza, pour transporter des touristes dans sa belle américaine. Pour que les choses soient claires, quelques km après mon chargement il sort de son vide poche géantissime un panneau taxi (il faudra donc payer - assez cher - le stop!). Pas de punchero à Matanza, il poursuit donc jusque Varadero.

- en banlieue de Varadero, Sergio le punchero trouvera tout de suite l'objet de mon malheur: une micro aiguille de pin plantée latéralement dans la jante de mon pneu arrière. La réparation tiendra jusqu'à la fin de mon périple. Heureusement ma pompe ne marchant plus et n'en n'ayant pas trouvé à racheter, je pédalerais ainsi sans filet.

- A Varadero, mon logeur Amadeo est sympathique et parle anglais mais (situation déjà rencontrée au Vietnam) me refuse un billet de 20 euros qui pour mon malheur présente un micro tache d'encre de 1 mm; impossible à changer me dit-il. Comme on est dans une station balnéaire chicarde, je n'apprécie que moyennement ce refus. Son petit déjeuner est excellent et son envie de quitter Cuba non dissimulée.

- Consternation le lendemain matin, mon pneu est de nouveau à plat; je transporte mon vélo jusqu'à un nième punchero dans la cariole d'Alejandro; 500 m plus loin le prix qu'il me demande est exorbitant: peut-être ma plus grosse colère du voyage. Toujours pas compris pourquoi le pneu était à plat (il suffisait juste de regonfler).

- le soir toujours à Varadero, je demande à Amadeo s'il peut m'indiquer un resto d'Etat dans lequel il est possible de payer en carte bleue, pour économiser les billets amenés de France, je réalise en effet à mi voyage que ce que j'ai amené de France risque d'être suffisant mais un peu juste. J'y rencontre à ce resto, Gaston et Maryvonne qui prennent une bière pour les mêmes raisons que moi, payer en carte bleue. Ils ressortent en bougonnant trouvant que la bière est un peu chère. En effet, je me fait aussi avoir: je commande un plat pas cher en monnaie locale et au moment de payer, mon steak frites est converti en euros avec un facteur 5, ce qui l'amènera sur mon compte à 25 euros. Bisounours averti en vaudra deux.

- Dans la journée, je croise Laura, une canadienne, à un distributeur qui cherche à retirer des dollars! La pauvre, elle va réaliser qu'elle se trouve en mauvaise posture; j'ai su par la suite que les touristes qui débarquent sur l'île avec peu de devises en coupures repartent souvent plus tôt que prévu quand ils réalisent ce facteur 5 de dévaluation du nouveau peso par rapport au moment de sa création où il était à parité avec le dollar, un an plus tôt seulement. Pour résumer, quand je retire 20 euros en cash au distributeur au cours officiel du peso, ma banque me débite 100 euros. 

3ème partie

- Dans la traversée Nord Sud de l'île, que je vais réaliser en 2 jours seulement et à raison de plus de 100 km par étape, je vais m'arrêter le premier soir à Colon. Dans cette ville le seul hôtel est fermé (en raison du Covid). Il y a 5 ou 6 casa particular mais toutes sont du label rouge c'est dire réservées aux cubains. Et beh je fais quoi? Je déniche une espèce d'hospedaje pour le moins inhospitalière au fond d'un couloir assez glauque. C'est pas mon jour de chance car la propriétaire Blanca est partie faire des courses à La Havane. Mais me dit sa fille Clara je peux attendre là dans le couloir qu'elle revienne d'ici d'ici... un moment. Clara l'appelle plusieurs fois et à chaque fois elle est proche d'arriver. En fait Blanca arrive avec la nuit, m'ouvre une chambre dans laquelle il fait une chaleur épouvantable, sans fenêtre mais avec des ventilos ça fera l'affaire. Au début les relations sont un peu tendues mais le lendemain matin le petit déjeuner est nettement plus convivial.

- A Cienfuegos, ville réputée pour la beauté de son architecture (coloniale!)  mes logeurs sont fort sympathiques et j'ai le bonheur de retrouver au dîner ce couple de français Marie-Anne et Florent que j'avais rencontré précédemment à La Havane. Ils n'ont pas autant de mal à gérer leur séjour que moi en vélo, quoique. Par exemple trouver de l'essence n'est pas si facile et ils se souviendront longtemps d'avoir patienté 5 h pour prendre livraison de leur voiture de location réservée depuis la France.

- A Cienfuegos je visite le petit musée au dessus de la place d'armes. Au premier étage Carlota la gardienne s'ennuie ferme et me fais une visite guidée, ouvre les volets pour que j'admire la plus belle vue sur la place le tout avec beaucoup de gentillesse. 

- Depuis Cienfuegos, une petite étape m'amène à La Playa Rancho Luna, mer des Caraïbes et plage de rêve. Le routard m'a incité à faire cette étape car il ne tarit pas d'éloge sur la casa Larabi, tenue par Larabi (marocain francophone) et sa femme. Il m'accueille tellement chaleureusement que je me dis qu'il me sera très profitable de discuter avec ce baroudeur venu soutenir la révolution cubaine en construisant des hôpitaux etc. En fait après cet accueil, je ne le reverrai plus, n'ayant affaire qu'à sa femme non francophone. Au moins j'irai me baigner dans une mer chaude comme on n'imagine pas. C'est ce soir là que je décide de mettre de côté la moitié de la copieuse nourriture qui m'est servie par madame Larabi pour m'alimenter le lendemain midi, car dans ce coin on frise l'absence totale de commerce.

- Avant d'arriver à Trinidad, il y a un village en bord de mer et un restaurant, mi ouvert mi fermé; je me renseigne auprès de Gloria: "non on est fermé, on prépare l'ouverture pour demain"; dommage, j'aurai bien pris quelque chose à boire. "Au moins puis-je m'installer sur l'une de vos tables sous la terrasse"? "Oui pas de problème" et "pourriez s'il vous plaît me remplir ma gourde d'eau"? J'en reste médusé quand la réponse est non. Pendant mon repas plusieurs personnes s'agitent doucement pour préparer la réouverture prochaine du lieu lorsque Horacio qui a compris ma détresse hydrique m'apporte fort gentiment une carafe d'eau fraîche...

- A Trinidad j'aurai des rapports compliqués avec ma logeuse Marina; me voila bien installé au fond d'un couloir prêt à me reposer après une journée standard: rude par la chaleur et le manque de ravitaillement. Il est 16h environ et au moment où je m'allonge les voisins dont la cours intérieure est sous mes fenêtres lancent une sono assourdissante de...raegetton; je deviens rapidement agressif et sors dîner dehors; je reviens à 21h toujours dans cette orgie musicale sous ma fenêtre. Marina ne sait plus où se mettre; je propose d'aller me reposer devant la porte d'entrée de la maison, légèrement à l'abri de cet enfer musical. Marina me promet qu'il existe une loi à Cuba qui impose le couvre feu (musical du moins) à minuit, ce qui se révèle exact; je n'y croyais plus.

- Le lendemain en fin d'après midi, je pédale jusqu'à la plage (de rêve) de Ancon à une quinzaine de km de Trinidad. Je pose mon vélo près d'une table de pique nique. L'emplacement est payant, j'en profite pour prendre un mojito. Du coup je deviens l'attraction de cet fin d'après midi. Jose et son copain Antonio s'intéressent à mon voyage et tout le monde prend la pose pour une photo au soleil couchant. Plage quasi déserte, eau tiède comme on l'aime.

Trajets 4 et 5


- La vallée de los Ingenios est un lieu touristique une trentaine de km en sortant de Trinidad vers Santi Spiritu. Cela permet de visiter ce qui fut un grand centre agricole du temps de la colonisation. Parmi les touristes il y a un bus qui organise des rando à vélo pour des allemands. Je discute avec l'un d'entre eux assez satisfait de ce service tout compris.

- Le soir à Santi Spiritu, je suis accueilli très très chaleureusement par Guillermo et toute sa famille, toutes générations confondues. La casa donne sur la grand place, Guillermo me monte mon vélo en haut d'un grand escalier très pentu. Je prends l'apéro sur la terrasse; encore une fois la discussion tourne autour de Cuba, ses bons aspects, la résistance au blocus et les regrets du manque de liberté, la crise économique. Ma chambre est princière et je suis donc servi comme un roi sur une table avec vue sur la place d'armes. Très bon souvenir. 

- Mal renseigné, le lendemain matin, je rate le bus qui devait m'emmener à Placetas. Felipe, dans son gros taxi américain à bout de souffle me propose d'y aller à un prix déraisonnable. Je tourne en rond un bon moment et réalise que je suis vraiment coincé. Felipe repasse par là (par hasard!) et on se met d'accord sur le prix de la course.

- A Placetas, j'aimerais bien racheter des coupons d'internet, maintenant que je sais m'en servir. Une grande file de gens attend devant un bâtiment administratif, ça doit être là; oui c'est là me confirme-t-on gentiment. Comme les personnes autorisées à rentrer rentrent au compte goutte (un garde "garde" la porte d'entrée), je m'impatiente; on me fait passer devant tout le monde et je rentre ainsi rapidement dans la salle. Un seul des 3  bureaux est susceptible de délivrer des coupons, là à droite. La préposée discute avec une copine et m'ignore. Je marque mon territoire, on me fait de nouveau passer devant tout le monde, je commande 5 coupons dont la préposée note les numéros sur plusieurs cahiers. Mais non madame j'en ai demandé 5 et il n'y en a que 4. Ah ben je recommence tout à zéro. Il fallait bien que ce genre de scenario ubuesque m'arrive une fois.  

- Pour aller me balader sur la cayo Santa Maria j'avais prévu de faire étape dans la casa particular de Laura dans la petite ville de Remedios, selon les indications du routard. Malheureusement la casa est en pleine rénovation et inhabitable. Qu'à cela ne tienne, Laura téléphone à sa copine dans la ville d'à côté (à 7 km) Caibarien. Avant qu'elle n'aille téléphoner petite boisson au cycliste. Merci Laura.

- Je vais rester 2 nuits à Caibarien, le temps de faire un improbable aller retour de 110 km sur la route du Cayo Santa Maria. Le second soir, Manuel et Marcello m'invitent à boire un coup sur la terrasse. Tous deux supporters du régime castriste, l'un est encore au parti et l'autre l'a quitté récemment. Tous deux sont plutôt content de la résistance à l'impérialisme américain mais aimeraient, comme je l'ai constaté à plusieurs reprise, plus de liberté même si ce terme reste vague; en tout cas moins d'administration tatillonne.

- Le lendemain,  Santa Clara est ma dernière ville étape avant de rentrer revenir sur La Havane, moyen de transport pour le moment inconnu.
Il y a le train, je passe à la gare avant de chercher à me loger. Plusieurs personnes dans le hall, je m'enquiers de l'horaire de passage du train, 2h du matin? Ca c'est pas cool. Est-ce que vous savez si je pourrai voyager avec mon vélo? Bof, c'est plutôt non. 
Je passe à la gare routière mais ne comprends pas grand choses aux possibilités officielles (bus pour touriste) ou officieuses: venir à 6 h du matin héler un collectivos, bof plutôt non également.
La première casa que je trouve, non ça va pas et donc j'ai déjà perdu 1 bonne heure avec que des échecs
La deuxième se révélera un bien meilleur choix. Osvaldo et Patricia sont aux petits soins pour moi. 
J'explique mon "souci" du lendemain à Osvaldo qui avec son propre véhicule me ramène à la gare routière. Il valide que je peux prendre un bus pour touriste le lendemain matin, sans que je puisse réserver mon billet la veille!
En fin de soirée, il revient me voir avec un large sourire: un de ses amis, chauffeur de taxi doit aller chercher de la famille à l'aéroport de La Havane et se propose de me laisser chez Rolando et Marisol au prix du billet de bus.
Voyage rapide, confortable (clim) et bien sympa pour finir le voyage.







 



CONCLUSION?

Pour conclure, faut-il souhaiter que Cuba retourne dans le giron occidental dont on sait qu’il augmenterait inévitablement  la pauvreté (alors que malgré les difficultés on ne voit pas de mendiants) et créerait une explosion des inégalités ? Mais d’un autre côté je ne vois pas ce pays sous embargo infini s’en sortir seul dans cette économie mondialisée qui le tient en respect de tous côtés. Alors ? Ben je n’ai pas la solution.






















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